Le zellige séduit en 2027 mais impose des précautions
Argile de Fès, émail au plomb, pose plus chère que le carreau lui-même : avant de céder aux sept tendances annoncées, mieux vaut connaître leurs contraintes.
En bref
- AD Magazine liste sept tendances de carrelage pour 2027, du zellige à l’onyx en passant par le rouge.
- Environ un cinquième d’un lot de zelliges présente fissures ou bords ébréchés, selon les commerçants.
- L’émail de certains zelliges artisanaux contient du plomb, sans risque au mur tant qu’il reste intact.
- Les mini-carreaux coûtent peu à l’achat mais leur pose revient nettement plus cher.
Le zellige arrive en tête des sept tendances de carrelage qu’AD Magazine associe à 2027, aux côtés des pastels brillants, du damier, des mini-carreaux, de l’onyx, du rouge et de la géométrie héritée de l’Art déco. Son charme tient à l’irrégularité : chaque pièce naît d’une argile brute prélevée autour de Fès, reçoit son émail, passe au four puis est taillée à la main, au ciseau. Deux carreaux identiques relèvent donc de l’exception, et c’est justement ce que recherchent les amateurs de Design artisanal.
Ce que le zellige demande à son propriétaire
Cette fabrication manuelle a un revers que les revendeurs ne cachent plus. Dans un lot livré, à peu près un carreau sur cinq arrive fendu, parcouru de microfissures ou écorné sur un bord. Mieux vaut l’intégrer dans le calcul des quantités.
L’éclat si particulier du zellige vient aussi d’un composant moins séduisant. Les pièces anciennes du patrimoine marocain portent un émail très chargé en plomb, et une partie de la production artisanale actuelle en renferme toujours. Une fois scellés au mur, ces carreaux restent inoffensifs, à condition que leur surface émaillée ne soit pas abîmée. Certains fabricants indiquent d’ailleurs la teneur en plomb dans leurs fiches de données de sécurité.
Du zellige artisanal à la mosaïque, des budgets très écartés
L’authenticité se paie. Les écarts de prix entre l’artisanal, son imitation industrielle et la mosaïque sont considérables.
| Poste | Fourchette indiquée |
|---|---|
| Zelliges chez Aït Manos | dès 185 € le m², plus de 1 300 € le m² pour certains modèles préassemblés |
| Pose de carreaux muraux de salle de bains (main-d’œuvre) | de 40 à 75 € le m² |
| Pose de mosaïque | de 60 à 120 € le m² |
Pastels laqués et damier, entre lumière et histoire
Le pastel revient sous une forme nouvelle : un vernis ultra-brillant, souvent sur des carreaux étroits et allongés. Dans une salle de bains éclairée par une fenêtre modeste, ces surfaces renvoient le peu de jour disponible. L’héritage est connu outre-Atlantique, où les salles de bains rétro de cette palette portent le surnom de « Mamie Eisenhower » ou « Mamie Pink ». La blogueuse Pam Kueber en a estimé le nombre à quelque cinq millions, et plus de 1 000 personnes ont promis de garder leur salle de bains rose.
Le damier a une généalogie plus longue encore, des villas romaines aux diners américains en passant par les églises médiévales. Aujourd’hui, les accords de teintes voisines retiennent davantage l’attention que le duo noir et blanc. Le peintre Vermeer en maîtrisait la perspective : en 1993, le restaurateur Jørgen Wadum a repéré un trou d’aiguille dans l’une de ses toiles, et de telles marques ont été relevées sur 13 tableaux. Pour un sol posé en diagonale, la facture grimpe, car les coupes, les pertes de matière et les heures de travail augmentent.
Pourquoi les mini-carreaux gagnent toute la pièce
- Ils habillent désormais des salles de bains entières et suivent niches, étagères et bords de baignoire, le réseau de joints devenant lui-même le motif.
- Leur petite taille multiplie les joints sur une même surface.
- Ils épousent plus facilement la pente d’un sol de douche, un atout pour les douches à l’italienne.
Photo : HonysTorresArt / Wikimedia Commons, CC BY 4.0
